Acceuil - Homewww.Site-Molière.com
Shop À Vous! Plan Assistance Messages Concordance

Tartuffe
 
Acte I
Acte II
Acte III
 scène 1
 scène 2
 scène 3
 scène 4
 scène 5
 scène 6
 scène 7
Acte IV
Acte V
 

Le Tartuffe, ou l’Imposteur

Scène VII

ORGON, TARTUFFE.

ORGON

Offenser de la sorte une sainte personne!

TARTUFFE

Ô Ciel, pardonne-lui la douleur qu'il me donne!
(à Orgon.)
Si vous pouviez savoir avec quel déplaisir
Je vois qu'envers mon frère on tâche à me noircir.

ORGON

Hélas!

TARTUFFE

Le seul penser de cette ingratitude
Fait souffrir à mon âme un supplice si rude.
L'horreur que j'en conçois. J'ai le cœur si serré,
Que je ne puis parler, et crois que j'en mourrai.

ORGON. Il court tout en larmes à la porte par où il a chassé son fils.

Coquin! je me repens que ma main t'ait fait grâce,
Et ne t'ait pas d'abord assommé sur la place.
Remettez-vous, mon frère, et ne vous fâchez pas.

TARTUFFE

Rompons, rompons le cours de ces fâcheux débats.
Je regarde céans quels grands troubles j'apporte,
Et crois qu'il est besoin, mon frère, que j'en sorte.

ORGON

Comment? vous moquez-vous?

TARTUFFE

On m'y hait, et je voi
Qu'on cherche à vous donner des soupçons de ma foi.

ORGON

Qu'importe? Voyez-vous que mon cœur les écoute?

TARTUFFE

On ne manquera pas de poursuivre, sans doute;
Et ces mêmes rapports qu'ici vous rejetez
Peut-être une autre fois seront-ils écoutés.

ORGON

Non, mon frère, jamais.

TARTUFFE

Ah! mon frère, une femme
Aisément d'un mari peut bien surprendre l'âme.

ORGON

Non, non.

TARTUFFE

Laissez-moi vite, en m'éloignant d'ici,
Leur ôter tout sujet de m'attaquer ainsi.

ORGON

Non, vous demeurerez: il y va de ma vie.

TARTUFFE

Hé bien! il faudra donc que je me mortifie.
Pourtant, si vous vouliez.

ORGON

Ah!

TARTUFFE

Soit: n'en parlons plus.
Mais je sais comme il faut en user là-dessus.
L'honneur est délicat, et l'amitié m'engage
À prévenir les bruits et les sujets d'ombrage.
Je fuirai votre épouse, et vous ne me verrez.

ORGON

Non, en dépit de tous vous la fréquenterez.
Faire enrager le monde est ma plus grande joie,
Et je veux qu'à toute heure avec elle on vous voie.
Ce n'est pas tout encor: pour les mieux braver tous,
Je ne veux point avoir d'autre héritier que vous,
Et je vais de ce pas, en fort bonne manière,
Vous faire de mon bien donation entière.
Un bon et franc ami, que pour gendre je prends,
M'est bien plus cher que fils, que femme, et que parents.
N'accepterez-vous pas ce que je vous propose?

TARTUFFE

La volonté du Ciel soit faite en toute chose.

ORGON

Le pauvre homme! Allons vite en dresser un écrit,
Et que puisse l'envie en crever de dépit!


Revenir Haut Continuer

   Site-Molière (1996-2004)