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Le Sicilien
 
Scène 1ère
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Scène 6
Scène 7
Scène 8
Scène 9
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Scènes 19 & 20
 

Le Sicilien, ou L’Amour peintre

Scène XII

HALI, vêtu en Espagnol, DOM PÈDRE, ADRASTE, ISIDORE.

DOM PÈDRE: Que veut cet homme-là? et qui laisse monter les gens sans nous en venir avertir?

HALI: J'entre ici librement; mais, entre cavaliers, telle liberté est permise. Seigneur, suis-je connu de vous?

DOM PÈDRE: Non, Seigneur.

HALI: Je suis Dom Gilles d'Avalos, et l'histoire d'Espagne vous doit avoir instruit de mon mérite.

DOM PÈDRE: Souhaitez-vous quelque chose de moi?

HALI: Oui, un conseil sur un fait d'honneur. Je sais qu'en ces matières il est malaisé de trouver un cavalier plus consommé que vous; mais je vous demande pour grâce que nous nous tirions à l'écart.

DOM PÈDRE: Nous voilà assez loin.

ADRASTE, va pour parler à Isidore; Dom Pèdre le surprend: J'observais de près la couleur de ses yeux.

HALI, tirant Dom Pèdre: Seigneur, j'ai reçu un soufflet: vous savez ce qu'est un soufflet, lorsqu'il se donne à main ouverte, sur le beau milieu de la joue. J'ai ce soufflet fort sur le cœur; et je suis dans l'incertitude si, pour me venger de l'affront, Je dois me battre avec mon homme, ou bien le faire assassiner.

DOM PÈDRE: Assassiner, c'est le plus sûr et le plus court chemin. Quel est votre ennemi?

HALI: Parlons bas, s'il vous plaît.

ADRASTE se met aux genoux d'Isidore, pendant que Dom Pèdre parle à Hali: Oui, charmante Isidore, mes regards vous le disent depuis plus de deux mois, et vous les avez entendus: je vous aime plus que tout ce que l'on peut aimer, et je n'ai point d'autre pensée, d'autre but, d'autre passion, que d'être à vous toute ma vie.

ISIDORE: Je ne sais si vous dites vrai, mais vous persuadez.

ADRASTE: Mais vous persuadé-je jusqu'à vous inspirer quelque peu de bonté pour moi?

ISIDORE: Je ne crains que d'en trop avoir.

ADRASTE: En aurez-vous assez pour consentir, belle Isidore, au dessein que je vous ai dit?

ISIDORE: Je ne puis encore vous le dire.

ADRASTE: Qu'attendez-vous pour cela?

ISIDORE: à me résoudre.

ADRASTE: Ah! quand on aime, on se résout bientôt.

ISIDORE: Hé bien, allez, oui, j'y consens.

ADRASTE: Mais consentez-vous, dites-moi, que ce soit dès ce moment même?

ISIDORE: Lorsqu'on est une fois résolu sur la chose, s'arrête-t-on sur le temps?

DOM PÈDRE, à Hali: Voilà mon sentiment, et je vous baise les mains.

HALI: Seigneur, quand vous aurez reçu quelque soufflet, je suis homme aussi de conseil, et je pourrai vous rendre la pareille.

DOM PÈDRE: Je vous laisse aller sans vous reconduire; mais, entre cavaliers, cette liberté est permise.

ADRASTE: Non, il n'est rien qui puisse effacer de mon cœur les tendres témoignages. (à Dom Pèdre, apercevant Adraste qui parle de près à Isidore) Je regardais ce petit trou qu'elle a au côté du menton, et je croyais d'abord que ce fût une tache. Mais C'est assez pour aujourd'hui, nous finirons une autre fois. (Parlant à Dom Pèdre) Non, ne regardez rien encore; faites serrer cela, je vous prie. (à Isidore) Et vous, je vous conjure de ne vous relâcher point, et de garder un esprit gai, pour le dessein que j'ai d'achever notre ouvrage.

ISIDORE: Je conserverai pour cela toute la gaieté qu'il faut.


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