Scène dernière
SCAPIN, CARLE, GÉRONTE, ARGANTE, SILVESTRE, etc.
SCAPIN, apporté par deux hommes, et la tête entourée de
linges, comme s'il avait été blessé: Ahi, ahi.
Messieurs, vous me voyez. ahi, vous me voyez dans un étrange
état. Ahi. Je n'ai pas voulu mourir sans venir demander pardon
à toutes les personnes que je puis avoir offensées. Ahi.
Oui, messieurs, avant que de rendre le dernier soupir, je vous
conjure de tout mon cur de vouloir me pardonner tout ce que je
puis vous avoir fait, et principalement le seigneur Argante, et
le seigneur Géronte. Ahi.
ARGANTE: Pour moi, je te pardonne; va, meurs en repos.
SCAPIN: C'est vous, Monsieur, que j'ai le plus offensé, par
les coups de bâton que...
GÉRONTE: Ne parle point davantage, je te pardonne aussi.
SCAPIN: Ç'a été une témérité bien grande à
moi, que les coups de bâton que je...
GÉRONTE: Laissons cela.
SCAPIN: J'ai, en mourant, une douleur inconcevable des coups de
bâton que...
GÉRONTE: Mon Dieu! tais-toi.
SCAPIN: Les malheureux coups de bâton que je vous.
GÉRONTE: Tais-toi, te dis-je, j'oublie tout.
SCAPIN: Hélas! Quelle bonté! Mais est-ce de bon cur,
Monsieur, que vous me pardonnez ces coups de bâton que.
GÉRONTE: Eh! oui. Ne parlons plus de rien; je te pardonne
tout, voilà qui est fait.
SCAPIN: Ah! Monsieur, je me sens tout soulagé depuis cette parole.
GÉRONTE: Oui, mais je te pardonne à la charge que tu mourras.
SCAPIN: Comment, Monsieur?
GÉRONTE: Je me dédis de ma parole, si tu réchappes.
SCAPIN: Ahi, ahi. Voilà mes faiblesses qui me reprennent.
ARGANTE: Seigneur Géronte, en faveur de notre joie, il faut
lui pardonner sans condition.
GÉRONTE: Soit.
ARGANTE: Allons souper ensemble, pour mieux goûter notre plaisir.
SCAPIN: Et moi, qu'on me porte au bout de la table, en attendant
que je meure.