Scène VI
GÉRONTE, ARGANTE,
SILVESTRE.
GÉRONTE: Ah! seigneur Argante, vous me voyez
accablé de disgrâce.
ARGANTE: Vous me voyez aussi dans un
accablement horrible.
GÉRONTE: Le pendard de Scapin, par une
fourberie, m'a attrapé cinq cents écus.
ARGANTE: Le
même pendard de Scapin, par une fourberie aussi, m'a attrapé deux
cents pistoles.
GÉRONTE: Il ne s'est pas contenté de
m'attraper cinq cents écus: il m'a traité d'une manière que
j'ai honte de dire. Mais il me la paiera.
ARGANTE: Je veux qu'il me
fasse raison de la pièce qu'il m'a jouée.
GÉRONTE: Et
je prétends faire de lui une vengeance exemplaire.
SILVESTRE:
Plaise au Ciel que dans tout ceci je n'aie point ma part!
GÉRONTE: Mais ce n'est pas encore tout, seigneur Argante, et un malheur
nous est toujours l'avant-coureur d'un autre. Je me réjouissais
aujourd'hui de l'espérance d'avoir ma fille, dont je faisais toute ma
consolation; et je viens d'apprendre de mon homme qu'elle est partie il y a
longtemps de Tarente, et qu'on y croit qu'elle a péri dans le vaisseau
où elle s'embarqua.
ARGANTE: Mais pourquoi, s'il vous plaît,
la tenir à Tarente, et ne vous être pas donné la joie de
l'avoir avec vous?
GÉRONTE: J'ai eu mes raisons pour cela; et des
intérêts de famille m'ont obligé jusques ici à tenir fort
secret ce second mariage. Mais que vois-je?