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Les Fourberies de Scapin
 
Acte Ier
Acte II
 scène 1
 scène 2
 scène 3
 scène 4
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 scène 6
 scène 7
 scène 8
Acte III
 

Les Fourberies de Scapin


Scène IV

CARLE, SCAPIN, LÉANDRE, OCTAVE.

CARLE: Monsieur, je vous apporte une nouvelle qui est fâcheuse pour votre amour.

LÉANDRE: Comment?

CARLE: Vos gyptiens sont sur le point de vous enlever Zerbinette, et elle-même, les larmes aux yeux, m'a chargé de venir promptement vous dire que si, dans deux heures, vous ne songez à leur porter l'argent qu'ils vous ont demandé pour elle, vous l'allez perdre pour jamais.

LÉANDRE: Dans deux heures?

CARLE: Dans deux heures.

LÉANDRE: Ah! mon pauvre Scapin, j'implore ton secours.

SCAPIN, passant devant lui avec un air fier: "Ah! mon pauvre Scapin." Je suis "mon pauvre Scapin" à cette heure qu'on a besoin de moi.

LÉANDRE: Va, je te pardonne tout ce que tu viens de me dire, et pis encore, si tu me l'as fait.

SCAPIN: Non, non, ne me pardonnez rien. Passez-moi votre épée au travers du corps. Je serai ravi que vous me tuiez.

LÉANDRE: Non. Je te conjure plutôt de me donner la vie, en servant mon amour.

SCAPIN: Point, point: vous ferez mieux de me tuer.

LÉANDRE: Tu m'es trop précieux; et je te prie de vouloir employer pour moi ce génie admirable, qui vient à bout de toute chose.

SCAPIN: Non: tuez-moi, vous dis-je.

LÉANDRE: Ah! de grâce, ne songe plus à tout cela, et pense à me donner le secours que je te demande.

OCTAVE: Scapin, il faut faire quelque chose pour lui.

SCAPIN: Le moyen, après une avanie de la sorte?

LÉANDRE: Je te conjure d'oublier mon emportement, et de me prêter ton adresse.

OCTAVE: Je joins mes prières aux siennes.

SCAPIN: J'ai cette insulte-là sur le cœur.

OCTAVE: Il faut quitter ton ressentiment.

LÉANDRE: Voudrais-tu m'abandonner, Scapin, dans la cruelle extrémité où se voit mon amour?

SCAPIN: Me venir faire, à l'improviste, un affront comme celui-là!

LÉANDRE: J'ai tort, je le confesse.

SCAPIN: Me traiter de coquin, de fripon, de pendard, d'infâme!

LÉANDRE: J'en ai tous les regrets du monde.

SCAPIN: Me vouloir passer son épée au travers du corps!

LÉANDRE: Je t'en demande pardon de tout mon cœur, et s'il ne tient qu'à me jeter à tes genoux, tu m'y vois, Scapin, pour te conjurer encore une fois de ne me point abandonner.

OCTAVE: Ah! ma foi! Scapin, il se faut rendre à cela.

SCAPIN: Levez-vous. Une autre fois, ne soyez point si prompt.

LÉANDRE: Me promets-tu de travailler pour moi?

SCAPIN: On y songera.

LÉANDRE: Mais tu sais que le temps presse.

SCAPIN: Ne vous mettez pas en peine. Combien est-ce qu'il vous faut?

LÉANDRE: Cinq cents écus.

SCAPIN: Et à vous?

OCTAVE: Deux cents pistoles.

SCAPIN: Je veux tirer cet argent de vos pères. Pour ce qui est du vôtre, la machine est déjà toute trouvée; et quant au vôtre, bien qu'avare au dernier degré, il y faudra moins de façon encore, car vous savez que, pour l'esprit, il n'en a pas, grâces à Dieu! grande provision, et je le livre pour une espèce d'homme à qui l'on fera toujours croire tout ce que l'on voudra. Cela ne vous offense point: il ne tombe entre lui et vous aucun soupçon de ressemblance; et vous savez assez l'opinion de tout le monde, qui veut qu'il ne soit votre père que pour la forme.

LÉANDRE: Tout beau, Scapin.

SCAPIN: Bon, bon, on fait bien scrupule de cela: vous moquez-vous? Mais j'aperçois venir le père d'Octave. Commençons par lui, puisqu'il se présente. Allez-vous-en tous deux. Et vous, avertissez votre Silvestre de venir vite jouer son rôle.


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