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Psyché
 
Prologue
Acte Ier
Ier intemède
Acte II
2nd intemède
Acte III
3ème intemède
Acte IV
4ème intemède
Acte V
 

Psyché

PROLOGUE

La scène représente sur le devant un lieu champêtre, et dans l'enfoncement un rocher percé à jour, à travers duquel on voit la mer en éloignement.
Flore paraît au milieu du théâtre, accompagnée de Vertumne, dieu des arbres et des fruits, et de Palaemon, dieu des eaux. Chacun conduit une troupe de divinités; l'un mène à sa suite des Dryades et des Sylvains; et l'autre des Dieux des fleuves et des Naïades. Flore chante ce récit pour inviter Vénus à descendre en terre:



Ce n'est plus le temps de la guerre.
Le plus puissant des rois
Interrompt ses exploits
Pour donner la paix à la terre.
Descendez, mère des Amours,
Venez nous donner de beaux jours.

Vertumne et Palaemon, avec les divinités qui les accompagnent, joignent leurs voix à celle de Flore, et chantent ces paroles:

CHŒUR de toutes les divinités de la terre et des eaux,
composé de Flore, Nymphes, Palaemon, Vertumne,
Sylvains, Faunes, Dryades et Naïades.

Nous goûtons une paix profonde;
Les plus doux jeux sont ici-bas;
On doit ce repos plein d'appas
Du plus grand roi du monde.
Descendez, mère des Amours,
Venez nous donner de beaux jours.

Il se fait ensuite une entrée de ballet, composée de deux Dryades, quatre Sylvains, deux Fleuves, et deux Naïades, après laquelle Vertumne et Palaemon chantent ce dialogue:

VERTUMNE

Rendez-vous, beautés cruelles,
Soupirez à votre tour.

PALÆMON

Voici la reine des belles,
Qui vient inspirer l'amour.

VERTUMNE

Un bel objet toujours sévère
Ne se fait jamais bien aimer.

PALÆMON

C'est la beauté qui commence de plaire;
Mais la douceur achève de charmer.

Ils répètent ensemble ces derniers vers:

C'est la beauté qui commence de plaire;
Mais la douceur achève de charmer.

VERTUMNE

Souffrons tous qu'Amour nous blesse;
Languissons, puisqu'il le faut.

PALÆMON

Que sert un cœur sans tendresse?
Est-il un plus grand défaut?

VERTUMNE

Un bel objet toujours sévère
Ne se fait jamais bien aimer.

PALÆMON

C'est la beauté qui commence de plaire,
Mais la douceur achève de charmer.

FLORE répond au dialogue de Vertumne et de Palaemon par ce menuet, et les autres Divinités y mêlent leurs danses:

Est-on sage
Dans le bel âge,
Est-on sage
De n'aimer pas?
Que sans cesse
L'on se presse
De goûter les plaisirs ici-bas:
La sagesse
De la jeunesse,
C'est de savoir jouir de ses appas.

L'Amour charme
Ceux qu'il désarme,
L'Amour charme:
Cédons-lui tous.
Notre peine
Serait vaine
De vouloir résister à ses coups:
Quelque chaîne
Qu'un amant prenne,
La liberté n'a rien qui soit si doux.

Vénus descend du ciel dans une grande machine, avec l'Amour son fils, et deux petites Grâces, nommées Ægiale et Phaène; et les Divinités de la terre et des eaux recommencent de joindre toutes leurs voix, et continuent par leurs danses de lui témoigner la joie qu'elles ressentent à son abord.

CHŒUR de toutes les Divinités de la terre et des eaux.

Nous goûtons une paix profonde;
Les plus doux jeux sont ici-bas;
On doit ce repos plein d'appas
Au plus grand roi du monde.
Descendez, mère des Amours,
Venez nous donner de beaux jours.

VÉNUS, dans sa machine.

Cessez, cessez pour moi tous vos chants d'allégresse:
De si rares honneurs ne m'appartiennent pas,
Et l'hommage qu'ici votre bonté m'adresse
Doit être réservé pour de plus doux appas.
C'est une trop vieille méthode
De me venir faire sa cour;
Toutes les choses ont leur tour,
Et Vénus n'est plus à la mode.
Il est d'autres attraits naissants
Où l'on va porter ses encens;
Psyché, Psyché la belle, aujourd'hui tient ma place;
Déjà tout l'univers s'empresse à l'adorer,
Et c'est trop que, dans ma disgrâce,
Je trouve encor quelqu'un qui me daigne honorer.
On ne balance point entre nos deux mérites;
À quitter mon parti tout s'est licencié,
Et du nombreux amas de Grâces favorites,
Dont je traînais partout les soins et l'amitié,
Il ne m'en est resté que deux des plus petites,
Qui m'accompagnent par pitié.
Souffrez que ces demeures sombres
Prêtent leur solitude aux troubles de mon cœur,
Et me laissez parmi leurs ombres
Cacher ma honte et ma douleur.

Flore et les autres déités se retirent, et Vénus avec sa suite sort de sa machine.

Æiale

Nous ne savons, Déesse, comment faire,
Dans ce chagrin qu'on voit vous accabler:
Notre respect veut se taire,
Notre zèle veut parler.

VÉNUS

Parlez, mais si vos soins aspirent à me plaire,
Laissez tous vos conseils pour une autre saison,
Et ne parlez de ma colère
Que pour dire que j'ai raison.
C'était là, c'était là la plus sensible offense
Que ma divinité pût jamais recevoir;
Mais j'en aurai la vengeance,
Si les Dieux ont du pouvoir.

PHAÈNE

Vous avez plus que nous de clartés, de sagesse,
Pour juger ce qui peut être digne de vous:
Mais pour moi, j'aurais cru qu'une grande Déesse
Devrait moins se mettre en courroux.

VÉNUS

Et c'est là la raison de ce courroux extrême:
Plus mon rang a d'éclat, plus l'affront est sanglant;
Et si je n'étais pas dans ce degré suprême,
Le dépit de mon cœur serait moins violent.
Moi, la fille du dieu qui lance le tonnerre,
Mère du dieu qui fait aimer,
Moi, les plus doux souhaits du ciel et de la terre,
Et qui ne suis venue au jour que pour charmer,
Moi, qui par tout ce qui respire
Ai vu de tant de vœux encenser mes autels,
Et qui de la beauté, par des droits immortels,
Ai tenu de tout temps le souverain empire,
Moi, dont les yeux ont mis deux grandes déités
Au point de me céder le prix de la plus belle,
Je me vois ma victoire et mes droits disputés
Par une chétive mortelle!
Le ridicule excès d'un fol entêtement
Va jusqu'à m'opposer une petite fille!
Sur ses traits et les miens j'essuierai constamment
Un téméraire jugement!
Et du haut des cieux où je brille,
J'entendrai prononcer aux mortels prévenus:
"Elle est plus belle que Vénus!"

Æiale

Voilà comme l'on fait, c'est le style des hommes:
Ils sont impertinents dans leurs comparaisons.

PHAÈNE

Ils ne sauraient louer, dans le siècle où nous sommes,
Qu'ils n'outragent les plus grands noms.

VÉNUS

Ah! Que de ces trois mots la rigueur insolente
Venge bien Junon et Pallas,
Et console leurs cours de la gloire éclatante
Que la fameuse pomme acquit à mes appas!
Je les vois s'applaudir de mon inquiétude,
Affecter à toute heure un ris malicieux,
Et, d'un fixe regard, chercher avec étude
Ma confusion dans mes yeux.
Leur triomphante joie, au fort d'un tel outrage,
Semble me venir dire, insultant mon courroux:
"Vante, vante, Vénus, les traits de ton visage;
Au jugement d'un seul tu l'emportas sur nous;
Mais, par le jugement de tous,
Une simple mortelle a sur toi l'avantage."
Ah! ce coup-là m'achève, il me perce le cœur,
Je n'en puis plus souffrir les rigueurs sans égales;
Et c'est trop de surcroît à ma vive douleur,
Que le plaisir de mes rivales.

Mon fils, si j'eus jamais sur toi quelque crédit,
Et si jamais je te fus chère,
Si tu portes un cœur à sentir le dépit
Qui trouble le cœur d'une mère
Qui si tendrement te chérit,
Emploie, emploie ici l'effort de ta puissance
À soutenir mes intérêts,
Et fais à Psyché par tes traits
Sentir les traits de ma vengeance.
Pour rendre son cœur malheureux,
Prends celui de tes traits le plus propre à me plaire,
Le plus empoisonné de ceux
Que tu lances dans ta colère.
Du plus bas, du plus vil, du plus affreux mortel
Fais que jusqu'à la rage elle soit enflammée,
Et qu'elle ait à souffrir le supplice cruel
D'aimer, et n'être point aimée.

L'AMOUR

Dans le monde on n'entend que plaintes de l'Amour;
On m'impute partout mille fautes commises;
Et vous ne croiriez point le mal et les sottises
Que l'on dit de moi chaque jour.
Si pour servir votre colère.

VÉNUS

Va, ne résiste point aux souhaits de ta mère;
N'applique tes raisonnements
Qu'à chercher les plus prompts moments
De faire un sacrifice à ma gloire outragée.
Pars, pour toute réponse à mes empressements,
Et ne me revois point que je ne sois vengée.

L'amour s'envole, et Vénus se retire avec les Grâces.
La scène est changée en une grande ville, où l'on découvre, des deux côtés, des palais et des maisons de différents ordres d'architecture.

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