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Psyché
 
Prologue
Acte Ier
Ier intemède
Acte II
2nd intemède
Acte III
3ème intemède
Acte IV
 scène 1
 scène 2
 scène 3
 scène 4
 scène 5
4ème intemède
Acte V
 

Psyché

ACTE IV, Scène première

AGLAURE, CIDIPPE.

AGLAURE

Je n'en puis plus, ma sœur: j'ai vu trop de merveilles;
L'avenir aura peine à les bien concevoir;
Le soleil qui voit tout et qui nous fait tout voir
N'en a vu jamais de pareilles.
Elles me chagrinent l'esprit;
Et ce brillant palais, ce pompeux équipage
Font un odieux étalage,
Qui m'accable de honte autant que de dépit.
Que la Fortune indignement nous traite,
Et que sa largesse indiscrète
Prodigue aveuglément, épuise, unit d'efforts,
Pour faire de tant de trésors
Le partage d'une cadette!

CIDIPPE

J'entre dans tous vos sentiments,
J'ai les mêmes chagrins, et dans ces lieux charmants
Tout ce qui vous déplaît me blesse;
Tout ce que vous prenez pour un mortel affront
Comme vous m'accable, et me laisse
L'amertume dans l'âme, et la rougeur au front.

AGLAURE

Non, ma sœur, il n'est point de reines
Qui dans leur propre état parlent en souveraines,
Comme Psyché parle en ces lieux.
On l'y voit obéie avec exactitude,
Et de ses volontés une amoureuse étude
Les cherche jusque dans ses yeux.
Mille beautés s'empressent autour d'elle,
Et semblent dire à nos regards jaloux:
"Quels que soient nos attraits, elle est encore plus belle;
Et nous qui la servons le sommes plus que vous."
Elle prononce, on exécute;
Aucun ne s'en défend, aucun ne s'en rebute;
Flore, qui s'attache à ses pas,
Répand à pleines mains autour de sa personne
Ce qu'elle a de plus doux appas;
Zéphire vole aux ordres qu'elle donne;
Et son amante et lui, s'en laissant trop charmer,
Quittent pour la servir les soins de s'entr'aimer.

CIDIPPE

Elle a des dieux à son service,
Elle aura bientôt des autels;
Et nous ne commandons qu'à de chétifs mortels,
De qui l'audace et le caprice,
Contre nous à toute heure en secret révoltés,
Opposent à nos volontés
Ou le murmure, ou l'artifice.

AGLAURE

C'était peu que dans notre cœur
Tant de cours à l'envi nous l'eussent préférée;
Ce n'était pas assez que de nuit et de jour
D'une foule d'amants elle y fût adorée:
Quand nous nous consolions de la voir au tombeau
Par l'ordre imprévu d'un oracle,
Elle a voulu de son destin nouveau
Faire en notre présence éclater le miracle,
Et choisi nos yeux pour témoins
De ce qu'au fond du cœur nous souhaitions le moins.

CIDIPPE

Ce qui le plus me désespère,
C'est cet amant parfait et si digne de plaire,
Qui se captive sous ses lois.
Quand nous pourrions choisir entre tous les monarques,
En est-il un de tant de rois
Qui porte de si nobles marques?
Se voir du bien par delà ses souhaits
N'est souvent qu'un bonheur qui fait des misérables:
Il n'est ni train pompeux, ni superbes palais
Qui n'ouvrent quelque porte à des maux incurables;
Mais avoir un amant d'un mérite achevé,
Et s'en voir chèrement aimée,
C'est un bonheur si haut, si relevé,
Que sa grandeur ne peut être exprimée.

AGLAURE

N'en parlons plus, ma sœur, nous en mourrions d'ennui;
Songeons plutôt à la vengeance,
Et trouvons le moyen de rompre entre elle et lui
Cette adorable intelligence.
La voici. J'ai des coups tous prêts à lui porter,
Qu'elle aura peine d'éviter.


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