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Psyché
 
Prologue
Acte Ier
 scène 1
 scène 2
 scène 3
 scène 4
 scène 5
 scène 6
Ier intemède
Acte II
2nd intemède
Acte III
3ème intemède
Acte IV
4ème intemède
Acte V
 

Psyché

Scène II

CLÉOMÈNE, AGÉNOR, AGLAURE, CIDIPPE.

AGLAURE

Les voici tous deux, et j'admire
Leur air et leur ajustement.

CIDIPPE

Ils ne démentent nullement
Tout ce que nous venons de dire.

AGLAURE

D'où vient, Princes, d'où vient que vous fuyez ainsi?
Prenez-vous l'épouvante en nous voyant paraître?

CLÉOMÈNE

On nous faisait croire qu'ici
La princesse Psyché, Madame, pourrait être.

AGLAURE

Tous ces lieux n'ont-ils rien d'agréable pour vous,
Si vous ne les voyez ornés de sa présence?

AGÉNOR

Ces lieux peuvent avoir des charmes assez doux;
Mais nous cherchons Psyché dans notre impatience.

CIDIPPE

Quelque chose de bien pressant
Vous doit à la chercher pousser tous deux sans doute.

CLÉOMÈNE

Le motif est assez puissant,
Puisque notre fortune enfin en dépend toute.

AGLAURE

Ce serait trop à nous que de nous informer
Du secret que ces mots nous peuvent enfermer.

CLÉOMÈNE

Nous ne prétendons point en faire de mystère;
Aussi bien malgré nous paraîtrait-il au jour,
Et le secret ne dure guère,
Madame, quand c'est de l'amour.

CIDIPPE

Sans aller plus avant, Princes, cela veut dire
Que vous aimez Psyché tous deux.

AGÉNOR

Tous deux soumis à son empire,
Nous allons de concert lui découvrir nos feux.

AGLAURE

C'est une nouveauté sans doute assez bizarre,
Que deux rivaux si bien unis.

CLÉOMÈNE

Il est vrai que la chose est rare,
Mais non pas impossible à deux parfaits amis.

CIDIPPE

Est-ce que dans ces lieux il n'est qu'elle de belle,
Et n'y trouvez-vous point à séparer vos vœux?

AGLAURE

Parmi l'éclat du sang, vos yeux n'ont-ils vu qu'elle
À pouvoir mériter vos feux?

CLÉOMÈNE

Est-ce que l'on consulte au moment qu'on s'enflamme?
Choisit-on qui l'on veut aimer?
Et pour donner toute son âme,
Regarde-t-on quel droit on a de nous charmer?

AGÉNOR

Sans qu'on ait le pouvoir d'élire,
On suit, dans une telle ardeur,
Quelque chose qui nous attire,
Et lorsque l'amour touche un cœur,
On n'a point de raisons à dire.

AGLAURE

En vérité, je plains les fâcheux embarras
Où je vois que vos cours se mettent.
Vous aimez un objet dont les riants appas
Mêleront des chagrins à l'espoir qu'ils vous jettent,
Et son cœur ne vous tiendra pas
Tout ce que ses yeux vous promettent.

CIDIPPE

L'espoir qui vous appelle au rang de ses amants
Trouvera du mécompte aux douceurs qu'elle étale.
Et c'est pour essuyer de très fâcheux moments,
Que les soudains retours de son âme inégale.

AGLAURE

Un clair discernement de ce que vous valez
Nous fait plaindre le sort où cet amour vous guide,
Et vous pouvez trouver tous deux, si vous voulez,
Avec autant d'attraits, une âme plus solide.

CIDIPPE

Par un choix plus doux de moitié
Vous pouvez de l'amour sauver votre amitié,
Et l'on voit en vous deux un mérite si rare,
Qu'un tendre avis veut bien prévenir par pitié
Ce que votre cœur se prépare.

CLÉOMÈNE

Cet avis généreux fait pour nous éclater
Des bontés qui nous touchent l'âme;
Mais le Ciel nous réduit à ce malheur, Madame,
De ne pouvoir en profiter.

AGÉNOR

Votre illustre pitié veut en vain nous distraire
D'un amour dont tous deux nous redoutons l'effet;
Ce que notre amitié, Madame, n'a pas fait,
Il n'est rien qui le puisse faire.

CIDIPPE

Il faut que le pouvoir de Psyché. La voici.


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