SCÈNE XI ET DERNIÈRE. - LÉANDRE, LUCINDE,
JACQUELINE, LUCAS, GÉRONTE, SGANARELLE, MARTINE
LÉANDRE: Monsieur, je viens faire paroître Léandre
à vos yeux, et remettre Lucinde en votre pouvoir. Nous avons eu dessein
de prendre la fuite nous deux, et de nous aller marier ensemble; mais cette
entreprise a fait place à un procédé plus honête. Je ne
prétends point vous voler votre fille, et ce n'est que de votre main
que je veux la recevoir. Ce que je vous dirai, Monsieur, c'est que je viens
tout à l'heure de recevoir des lettres par j'apprends que mon oncle est
mort, et que je suis héritier de tous ses biens.
GÉRONTE: Monsieur, votre vertu m'est tout à fait
considérable, et je vous donne ma fille avec la plus grande joie
du monde.
SGANARELLE: La médecine l'a échappé belle!
MARTINE: Puisque tu ne seras point pendu, rends-moi grâce
d'être médecin; car c'est moi qui t'ai procuré cet honneur.
SGANARELLE: Oui, c'est toi qui m'as procuré je ne sais
combien de coups de bâton.
LÉANDRE: L'effet en est trop beau pour en garder du
ressentiment.
SGANARELLE: Soit; je te pardonne ces coups de bâton en
faveur de la dignité où tu m'as élevé; mais prépare-toi
désormais à vivre un grand respect avec un homme de ma
conséquence, et songe que la colère d'un médecin est plus à
craindre qu'on ne peut croire.