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Le Médecin malgré lui
 
Acte Ier
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Acte II
Acte III
 

Le Médecin malgré lui


SCÈNE IV. - VALÈRE, LUCAS, MARTINE

LUCAS:   Parguenne! j'avons pris là tous deux une gueble de commission; et je ne sais pas, moi, ce que je pensons attraper.

VALÈRE:   Que veux-tu, mon pauvre nourricier? il faut bien obéir à notre maître; et puis nous avons intérêt, l'un et l'autre, à la santé de sa fille, notre maîtresse; et sans doute son mariage, différé par sa maladie, nous vaudroit quelque récompense. Horace, qui est libéral, a bonne part aux prétentions qu'on peut avoir sur sa personne ; et quoiqu'elle ait fait voir de l'amitié pour un certain Léandre, tu sais bien que son père n'a jamais voulu consentir à le recevoir pour son gendre.

MARTINE:   rêvant à part elle.
Ne puis-je point trouver quelque invention pour me venger?

LUCAS:   Mais quelle fantaisie s'est-il boutée là dans la tête, puisque les médecins y avont tous pardu leur latin?

VALÈRE:   On trouve quelquefois, à force de chercher, ce qu'on ne trouve pas d'abord; et souvent, en de simples lieux...

MARTINE:   Oui, il faut que je m'en venge à quelque prix que ce soit:   ces coups de bâton me reviennent au cœur, je ne les saurois digérer, et...
Elle dit tout ceci en rêvant, de sorte que ne prenant pas garde à ces deux hommes, elle les heurte en se retournent, et leur dit:
Ah! Messieurs, je vous demande pardon; je ne vous voyois pas, et cherchois dans ma tête quelque chose qui m'embarasse.

VALÈRE:   Chacun a ses soins dans le monde, et nous cherchons aussi ce que nous voudrions bien trouver.

MARTINE:   Seroit-ce quelque chose où je vous puisse aider?

VALÈRE:   Cela se pourroit faire; et nous tâchons de rencontrer quelque habile homme, quelque médecin particulier, qui pût donner quelque soulagement à la fille de notre maître attaquée d'une maladie qui lui a ôté tout d'un coup l'usage de la langue. Plusieurs médecins ont déjà épuisé toute leur science après elle:   mais on trouve parfois des gens avec des secrets admirables, de certains remèdes particuliers, qui font le plus souvent ce que les autres n'ont su faire; et c'est là ce que nous cherchons.

MARTINE:   Elle dit ces premières lignes bas.
Ah! que le Ciel m'inspire une admirable invention pour me venger de mon pendard!
Haut.
Vous ne pouviez jamais vous mieux adresser pour rencontrer ce que vous cherchez; et nous avons ici un homme, le plus merveilleux homme du monde, pour les maladies désespérées.

VALÈRE:   Et de grâce, où pouvons-nous le rencontrer?

MARTINE:   Vous le trouverez maintenant vers ce petit lieu que voilà, qui s'amuse à couper du bois.

LUCAS:   Un médecin qui coupe du bois!

VALÈRE:   Qui s'amuse à cueillir des simples, voulez-vous dire?

MARTINE:   Non:   c'est un homme extraordinaire qui se plaît à cela, fantasque, bizarre, quinteux, et ce que vous ne prendriez jamais pour ce qu'il est. Il va vêtu d'une façon extravagante, affecte quelquefois de paroître ignorant, tient sa science renfermée, et ne fuit rien tant tous les jours que d'exercer les merveilleux talents qu'il a eus du Ciel pour la médecine.

VALÈRE:   C'est une chose admirable, que tous les grands hommes ont toujours du caprice, quelque petit grain de folie mêlé à leur science.

MARTINE:   La folie de celui-ci est plus grande qu'on ne peut croire, car elle va parfois jusqu'à vouloir être battu pour demeurer d'accord de sa capacité; et je vous donne avis que vous n'en viendrez point à bout, qu'il n'avouera jamais qu'il est médecin, s'il se le met en fantaisie, que vous ne preniez chacun un bâton, et ne le réduisez, à force de coups, à vous confesser à la fin ce qu'il vous cachera d'abord. C'est ainsi que nous en usons quand nous avons besoin de lui.

VALÈRE:   Voilà une étrange folie!

MARTINE:   Il est vrai; mais, après cela, vous verrez qu'il fait des merveilles.

VALÈRE:   Comment s'appelle-t-il?

MARTINE:   Il s'appelle Sganarelle; mais il est aisé à connoître:   c'est un homme qui a une large barbe noire, et qui porte une fraise, avec un habit jaune et vert.

LUCAS:   Un habit jaune et vart! C'est donc le médecin des paroquets?

VALÈRE:   Mais est-il bien vrai qu'il soit si habile que vous le dites?

MARTINE:   Comment? C'est un homme qui fait des miracles. Il y a six mois qu'une femme fut abandonnée de tous les autres médecins:   on la tenoit morte il y avoit déjà six heures, et l'on se disposoit à l'ensevelir, lorsqu'on fit venir de force l'homme dont nous parlons. Il lui mit, l'ayant vue, une petite goutte de je ne sais quoi dans la bouche, et, dans le même instant, elle se leva de son lit, et se mit aussitôt à se promener dans sa chambre, comme si de rien n'eut été.

LUCAS:   Ah!

VALÈRE:   Il falloit que ce fût quelque goutte d'or potable.

MARTINE:   Cela pourroit bien être. Il n'y a pas trois semaines encore qu'un jeune enfant de douze ans tomba du haut du clocher en bas, et se brisa, sur le pavé, la tête, les bras et les jambes. On n'y eut pas plus tôt amené notre homme, qu'il le frotta par tout le corps d'un certain onguent qu'il sait faire; et l'enfant aussitôt se leva sur ses pieds, et courut jouer à la fossette.

LUCAS:   Ah!

VALÈRE:   Il faut que cet homme-là ait la médecine universelle.

MARTINE:   Qui en doute?

LUCAS:   Testigué! velà justement l'homme qu'il nous faut. Allons vite le chercher.

VALÈRE:   Nous vous remercions du plaisir que vous nous faites.

MARTINE:   Mais souvenez-vous bien au moins de l'avertissement que je vous ai donné.

LUCAS:   Eh, morguenne! laissez-nous faire:   s'il ne tient qu'à battre, la vache est à nous.

VALÈRE:   Nous sommes bien heureux d'avoir fait cette rencontre; et j'en conçois, pour moi, la meilleure espérance du monde.


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