SIXIÈME INTERMÈDE qui est la solennité
des jeux Pythiens.
Le théâtre est une grande salle, en
manière d'amphithéâtre, ouverte d'une grande arcade dans le
fond, au-dessus de laquelle est une tribune fermée d'un rideau; et dans
l'éloignement paraît un autel pour le sacrifice. Six hommes,
habillés comme s'ils étaient presque nus, portant chacun une hache
sur l'épaule, comme ministres du sacrifice, entrent par le portique, au
son des violons, et sont suivis de deux Sacrificateurs musiciens, d'une
Prêtresse musicienne et leur suite.
LA PRÊTRESSE
Chantez, peuples, chantez, en mille et mille lieux,
Du Dieu que nous servons les brillantes merveilles;
Parcourez la terre et les cieux:
Vous ne sauriez chanter rien de plus précieux,
Rien de plus doux pour les oreilles.
UNE GRECQUE
À ce Dieu plein de force, à ce Dieu plein d'appas
Il n'est rien qui résiste.
AUTRE GRECQUE
Il n'est rien ici-bas
Qui par ses bienfaits ne subsiste.
AUTRE GRECQUE
Toute la terre est triste
Quand on ne le voit pas.
LE CHUR
Poussons à sa mémoire
Des concerts si touchants,
Que du haut de sa gloire
Il écoute nos chants.
PREMIÈRE ENTRÉE DE BALLET
Les six hommes portant les haches font entre eux une danse
ornée de toutes les attitudes que peuvent exprimer des gens
qui étudient leur force, puis ils se retirent aux deux côtés
du théâtre pour faire place à six voltigeurs.
DEUXIÈME ENTRÉE DE BALLET
Six voltigeurs font paraître en cadence leur adresse sur des
chevaux de bois, qui sont apportés par des esclaves.
TROISIÈME ENTRÉE DE BALLET
Quatre conducteurs d'esclaves amènent en cadence douze esclaves,
qui dansent en marquant la joie qu'ils ont d'avoir recouvré
leur liberté.
QUATRIÈME ENTRÉE DE BALLET
Quatre femmes et quatre hommes armés à la grecque font
ensemble une manière de jeu pour les armes. La tribune s'ouvre.
Un héraut, six trompettes et un timbalier se mêlant à
tous les instruments, annonce, avec un grand bruit, la venue d'Apollon.
LE CHUR
Ouvrons tous nos yeux
À l'éclat suprême
Qui brille en ces lieux.
Quelle grâce extrême!
Quel port glorieux!
Où voit-on des Dieux
Qui soient faits de même?
Apollon, au bruit des trompettes et des violons, entre par le
portique, précédé de six jeunes gens, qui portent des
lauriers entrelacés autour d'un bâton, et un soleil d'or
au-dessus, avec la devise royale en manière de trophée. Les
six jeunes gens, pour danser avec Apollon, donnent leur
trophée à tenir aux six hommes qui portent les haches, et
commencent avec Apollon une danse héroïque, à laquelle
se joignent, en diverses manières, les six hommes portant les
trophées, les quatre femmes armées, avec leurs timbres, et
les quatre hommes armés, avec leurs tambours, tandis que les
six trompettes, le timbalier, les sacrificateurs, la
prêtresse, et le chur de musique accompagnent tout cela, en
s'y mêlant par diverses reprises: ce qui finit la fête des
jeux Pythiens, et tout le divertissement.
CINQUIÈME et DERNIÈRE ENTRÉE DE BALLET
APOLLON, et six jeunes gens de sa suite. Chur de musique.
POUR LE ROI, représentant le Soleil.
Je suis la source des clartés,
Et les astres les plus vantés,
Dont le beau cercle m'environne,
Ne sont brillants et respectés
Que par l'éclat que je leur donne.
Du char où je me puis asseoir,
Je vois le désir de me voir
Posséder la nature entière,
Et le monde n'a son espoir
Qu'aux seuls bienfaits de ma lumière.
Bienheureuses de toutes parts
Et pleines d'exquises richesses
Les terres où de mes regards
J'arrête les douces caresses!
POUR M. LE GRAND, suivant d'Apollon.
Bien qu'auprès du soleil tout autre éclat s'efface,
S'en éloigner pourtant n'est pas ce que l'on veut,
Et vous voyez bien, quoi qu'il fasse,
Que l'on s'en tient toujours le plus près que l'on peut.
POUR LE MARQUIS DE VILLEROI, suivant d'Apollon.
De notre maître incomparable
Vous me voyez inséparable,
Et le zèle puissant qui m'attache à ses vux
Le suit parmi les eaux, le suit parmi les feux.
POUR LE MARQUIS DE RASSENT, suivant d'Apollon.
Je ne serai pas vain quand je ne croirai pas
Qu'un autre mieux que moi suive partout ses pas.