Scène VII
DOM GARCIE, DOM ALVAR.
DOM GARCIE
Que vois-je, Ô justes Cieux!
Faut-il que je m'assure au rapport de mes yeux?
Ah! sans doute ils me sont des témoins trop fidèles,
Voilà le comble affreux de mes peines mortelles,
Voici le coup fatal qui devait m'accabler;
Et quand par des soupçons je me sentais troubler,
C'était, c'était le Ciel, dont la sourde menace
Présageait à mon cur cette horrible disgrâce.
DOM ALVAR
Qu'avez-vous vu, Seigneur, qui vous puisse émouvoir?
DOM GARCIE
J'ai vu ce que mon âme a peine à concevoir;
Et le renversement de toute la nature
Ne m'étonnerait pas comme cette aventure.
C'en est fait Le destin Je ne saurais parler.
DOM ALVAR
Seigneur, que votre esprit tâche à se rappeler.
DOM GARCIE
J'ai vu Vengeance, Ô Ciel!
DOM ALVAR
Quelle atteinte soudaine
DOM GARCIE
J'en mourrai, Dom Alvar, la chose est bien certaine.
DOM ALVAR
Mais, Seigneur, qui pourrait?
DOM GARCIE
Ah! tout est ruiné;
Je suis, je suis trahi, je suis assassiné:
Un homme Sans mourir te le puis-je bien dire?
Un homme dans les bras de l'infidèle Elvire.
DOM ALVAR
Ah! Seigneur! la Princesse est vertueuse au point
DOM GARCIE
Ah! sur ce que j'ai vu ne me contestez point,
Dom Alvar: c'en est trop que soutenir sa gloire,
Lorsque mes yeux font foi d'une action si noire.
DOM ALVAR
Seigneur, nos passions nous font prendre souvent
Pour chose véritable un objet décevant.
Et de croire qu'une âme à la vertu nourrie
Se puisse
DOM GARCIE
Dom Alvar, laissez-moi, je vous prie:
Un conseiller me choque en cette occasion,
Et je ne prends avis que de ma passion.
DOM ALVAR
Il ne faut rien répondre à cet esprit farouche.
DOM GARCIE
Ah! que sensiblement cette atteinte me touche!
Mais il faut voir qui c'est, et de ma main punir
La voici. Ma fureur, te peux-tu retenir?