Scène III
GÉRONIMO, SGANARELLE.
GÉRONIMO: Ah! Seigneur Sganarelle, je suis ravi de vous trouver encore
ici; et j'ai rencontré un orfèvre, qui, sur le bruit que vous
cherchez quelque beau diamant en bague pour faire un présent à
votre épouse, m'a fort prié de vous venir parler pour lui, et de
vous dire qu'il en a un à vendre, le plus parfait du monde.
SGANARELLE: Mon Dieu! cela n'est pas pressé.
GÉRONIMO:
Comment? que veut dire cela? Où est l'ardeur que vous montriez tout
à l'heure?
SGANARELLE: Il m'est venu, depuis un moment, de petits
scrupules sur le mariage. Avant que de passer plus avant, je voudrais bien
agiter à fond cette matière, et que l'on m'expliquât un songe
que j'ai fait cette nuit, et qui vient tout à l'heure de me revenir dans
l'esprit. Vous savez que les songes sont comme des miroirs, où l'on
découvre quelquefois tout ce qui nous doit arriver. Il me semblait que
j'étais dans un vaisseau, sur une mer bien agitée, et que.
GÉRONIMO: Seigneur Sganarelle, j'ai maintenant quelque petite affaire
qui m'empêche de vous ouïr. Je n'entends rien du tout aux songes;
et quant au raisonnement du mariage, vous avez deux savants, deux philosophes
vos voisins, qui sont gens à vous débiter tout ce qu'on peut dire
sur ce sujet. Comme ils sont de sectes différentes, vous pouvez examiner
leurs diverses opinions là-dessus. Pour moi, je me contente de ce que je
vous ai dit tantôt, et demeure votre serviteur.
SGANARELLE: Il a
raison. Il faut que je consulte un peu ces gens-là sur l'incertitude
où je suis.