Scène III
LA MONTAGNE, ÉRASTE.
LA MONTAGNE
Monsieur, je n'ai pu faire une autre diligence.
ÉRASTE
Mais me rapportes-tu quelque nouvelle enfin?
LA MONTAGNE
Sans doute; et de l'objet qui fait votre destin
J'ai, par son ordre exprès, quelque chose à vous dire.
ÉRASTE
Et quoi? déjà mon cur après ce mot soupire:
Parle.
LA MONTAGNE
Souhaitez-vous de savoir ce que c'est?
ÉRASTE
Oui, dis vite.
LA MONTAGNE
Monsieur, attendez, s'il vous plaît.
Je me suis, à courir, presque mis hors d'haleine.
ÉRASTE
Prends-tu quelque plaisir à me tenir en peine?
LA MONTAGNE
Puisque vous désirez de savoir promptement
L'ordre que j'ai reçu de cet objet charmant,
Je vous dirai. Ma foi, sans vous vanter mon zèle,
J'ai bien fait du chemin pour trouver cette belle;
Et si.
ÉRASTE
Peste soit fait de tes digressions!
LA MONTAGNE
Ah! il faut modérer un peu ses passions;
Et Sénèque.
ÉRASTE
Sénèque est un sot dans ta bouche,
Puisqu'il ne me dit rien de tout ce qui me touche.
Dis-moi ton ordre, tôt.
LA MONTAGNE
Pour contenter vos vux,
Votre Orphise. Une bête est là dans vos cheveux.
ÉRASTE
Laisse.
LA MONTAGNE
Cette beauté de sa part vous fait dire.
ÉRASTE
Quoi?
LA MONTAGNE
Devinez.
ÉRASTE
Sais-tu que je ne veux pas rire?
LA MONTAGNE
Son ordre est qu'en ce lieu vous devez vous tenir,
Assuré que dans peu vous l'y verrez venir,
Lorsqu'elle aura quitté quelques provinciales,
Aux personnes de cur fâcheuses animales.
ÉRASTE
Tenons-nous donc au lieu qu'elle a voulu choisir.
Mais, puisque l'ordre ici m'offre quelque loisir,
Laisse-moi méditer: j'ai dessein de lui faire
Quelques vers sur un air où je la vois se plaire.
Il se promène en rêvant.