Scène II
VALÈRE, MASCARILLE.
VALÈRE
Je n'ai jamais trouvé de jour plus ennuyeux:
Le soleil semble s'être oublié dans les cieux;
Et jusqu'au lit qui doit recevoir sa lumière
Je vois rester encore une telle carrière,
Que je crois que jamais il ne l'achèvera
Et que de sa lenteur mon âme enragera.
MASCARILLE
Et cet empressement pour s'en aller dans l'ombre
Pêcher vite à tâtons quelque sinistre encombre!
Vous voyez que Lucile, entière en ses rebuts.
VALÈRE
Ne me fais point ici de contes superflus.
Quand je devrais trouver cent embûches mortelles,
Je sens de son courroux des gênes trop cruelles,
Et je veux l'adoucir, ou terminer mon sort:
C'est un point résolu.
MASCARILLE
J'approuve ce transport;
Mais le mal est, Monsieur, qu'il faudra s'introduire
En cachette.
VALÈRE
Fort bien.
MASCARILLE
Et j'ai peur de vous nuire.
VALÈRE
Et comment?
MASCARILLE
Une toux me tourmente à mourir,
Dont le bruit importun vous fera découvrir:
De moment en moment. Vous voyez le supplice.
VALÈRE
Ce mal se passera: prends du jus de réglisse.
MASCARILLE
Je ne crois pas, Monsieur, qu'il se veuille passer.
Je serais ravi, moi, de ne vous point laisser;
Mais j'aurais un regret mortel, si j'étais cause
Qu'il fût à mon cher maître arrivé quelque chose.