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Georges Dandin
 
Acte Ier
Acte II
Acte III
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George Dandin


Scène V

CLITANDRE, ANGÉLIQUE, GEORGES DANDIN, CLAUDINE, LUBIN.

ANGÉLIQUE: Adieu. Il est temps de se retirer.

CLITANDRE: Quoi? si tôt?

ANGÉLIQUE: Nous nous sommes assez entretenus.

CLITANDRE: Ah! Madame, puis-je assez vous entretenir, et trouver en si peu de temps toutes les paroles dont j'ai besoin? Il me faudrait des journées entières pour me bien expliquer à vous de tout ce que je sens, et je ne vous ai pas dit encore la moindre partie de ce que j'ai à vous dire.

ANGÉLIQUE: Nous en écouterons une autre fois davantage.

CLITANDRE: Hélas! De quel coup me percez-vous l'âme lorsque vous parlez de vous retirer, et avec combien de chagrins m'allez-vous laisser maintenant?

ANGÉLIQUE: Nous trouverons moyen de nous revoir.

CLITANDRE: Oui; mais je songe qu'en me quittant, vous allez trouver un mari. Cette pensée m'assassine, et les priviléges qu'ont les maris sont des choses cruelles pour un amant qui aime bien.

ANGÉLIQUE: Serez-vous assez faible pour avoir cette inquiétude, et pensez-vous qu'on soit capable d'aimer de certains maris qu'il y a? On les prend, parce qu'on ne s'en peut défendre, et que l'on dépend de parents qui n'ont des yeux que pour le bien; mais on sait leur rendre justice, et l'on se moque fort de les considérer au delà de ce qu'ils méritent.

GEORGE DANDIN: Voilà nos carognes de femmes.

CLITANDRE: Ah! qu'il faut avouer que celui qu'on vous a donné était peu digne de l'honneur qu'il a reçu, et que c'est une étrange chose que l'assemblage qu'on a fait d'une personne comme vous avec un homme comme lui!

GEORGE DANDIN, à part: Pauvres maris! voilà comme on vous traite.

CLITANDRE: Vous méritez sans doute une toute autre destinée, et le Ciel ne vous a point faite pour être la femme d'un paysan.

GEORGE DANDIN: Plût au Ciel fût-elle la tienne! Tu changerais bien de langage. Rentrons; c'en est assez. Il entre et ferme la porte.

CLAUDINE: Madame, si vous avez à dire du mal de votre mari, dépêchez vite, car il est tard.

CLITANDRE: Ah! Claudine, que tu es cruelle!

ANGÉLIQUE: Elle a raison. Séparons-nous.

CLITANDRE: Il faut donc s'y résoudre, puisque vous le voulez. Mais au moins je vous conjure de me plaindre un peu des méchants moments que je vais passer.

ANGÉLIQUE: Adieu.

LUBIN: Où es-tu, Claudine, que je te donne le bonsoir?

CLAUDINE: Va, va, je le reçois de loin, et je t'en renvoie autant.


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