ACTE III, Scène première
CLITANDRE,
LUBIN.
CLITANDRE: La nuit est avancée, et j'ai peur qu'il ne soit
trop tard. Je ne vois point à me conduire. Lubin!
LUBIN:
Monsieur?
CLITANDRE: Est-ce par ici?
LUBIN: Je pense que oui. Morgué! voilà une sotte nuit,
d'être si noire que cela.
CLITANDRE: Elle a tort assurément; mais si d'un côté
elle nous empêche de voir, elle empêche de l'autre que nous
ne soyons vus.
LUBIN: Vous avez raison, elle n'a pas tant de tort. Je voudrais
bien savoir, Monsieur, vous qui êtes savant, pourquoi il ne
fait point jour la nuit.
CLITANDRE: C'est une grande question, et qui est difficile. Tu es
curieux, Lubin.
LUBIN: Oui. Si j'avais étudié, j'aurais été songer
à des choses où on n'a jamais songé.
CLITANDRE: Je le crois. Tu as la mine d'avoir l'esprit subtil et
pénétrant.
LUBIN: Cela est vrai. Tenez, j'explique du latin, quoique jamais
je ne l'aie appris, et voyant l'autre jour écrit sur une
grande porte collegium, je devinai que cela voulait dire collège.
CLITANDRE: Cela est admirable! Tu sais donc lire, Lubin?
LUBIN: Oui, je sais lire la lettre moulée; mais je n'ai jamais
su apprendre à lire l'écriture.
CLITANDRE: Nous voici contre la maison. C'est le signal que m'a
donné Claudine.
LUBIN: Par ma foi! c'est une fille qui vaut de l'argent, et je
l'aime de tout mon cur.
CLITANDRE: Aussi t'ai-je amené avec moi pour l'entretenir.
LUBIN: Monsieur, je vous suis.
CLITANDRE: Chut! J'entends quelque bruit.