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Georges Dandin
 
Acte Ier
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 scène 7
Acte II
Acte III
 

George Dandin


Scène II

GEORGE DANDIN, LUBIN.

GEORGE DANDIN, voyant sortir Lubin de chez lui: Que diantre ce drôle-là vient-il faire chez moi?

LUBIN: Voilà un homme qui me regarde.

GEORGE DANDIN: Il ne me connaît pas.

LUBIN: Il se doute de quelque chose.

GEORGE DANDIN: Ouais! il a grand'peine à saluer.

LUBIN: J'ai peur qu'il n'aille dire qu'il m'a vu sortir de là dedans.

GEORGE DANDIN: Bonjour.

LUBIN: Serviteur.

GEORGE DANDIN: Vous n'êtes pas d'ici, que je crois?

LUBIN: Non, je n'y suis venu que pour voir la fête de demain.

GEORGE DANDIN: Hé! dites-moi un peu, s'il vous plaît, vous venez de là-dedans?

LUBIN: Chut!

GEORGE DANDIN: Comment?

LUBIN: Paix!

GEORGE DANDIN: Quoi donc?

LUBIN: Motus! Il ne faut pas dire que vous m'ayez vu sortir de là.

GEORGE DANDIN: Pourquoi?

LUBIN: Mon Dieu! parce.

GEORGE DANDIN: Mais encore?

LUBIN: Doucement. J'ai peur qu'on ne nous écoute.

GEORGE DANDIN: Point, point.

LUBIN: C'est que je viens de parler à la maîtresse du logis, de la part d'un certain Monsieur qui lui fait les doux yeux, et il ne faut pas qu'on sache cela. Entendez-vous?

GEORGE DANDIN: Oui.

LUBIN: Voilà la raison. On m'a enchargé de prendre garde que personne ne me vît, et je vous prie au moins de ne pas dire que vous m'ayez vu.

GEORGE DANDIN: Je n'ai garde.

LUBIN: Je suis bien aise de faire les choses secrètement comme on m'a recommandé.

GEORGE DANDIN: C'est bien fait.

LUBIN: Le mari, à ce qu'ils disent, est un jaloux qui ne veut pas qu'on fasse l'amour à sa femme, et il ferait le diable à quatre si cela venait à ses oreilles: vous comprenez bien?

GEORGE DANDIN: Fort bien.

LUBIN: Il ne faut pas qu'il sache rien de tout ceci.

GEORGE DANDIN: Sans doute.

LUBIN: On le veut tromper tout doucement: vous entendez bien?

GEORGE DANDIN: Le mieux du monde.

LUBIN: Si vous alliez dire que vous m'avez vu sortir de chez lui, vous gâteriez toute l'affaire: vous comprenez bien?

GEORGE DANDIN: Assurément. Hé! comment nommez-vous celui qui vous a envoyé là-dedans?

LUBIN: C'est le seigneur de notre pays, monsieur le vicomte de chose. Foin! je ne me souviens jamais comment diantre ils baragouinent ce nom-là, monsieur Cli... Clitande.

GEORGE DANDIN: Est-ce ce jeune courtisan qui demeure.

LUBIN: Oui: auprès de ces arbres.

GEORGE DANDIN, à part: C'est pour cela que depuis peu ce damoiseau poli s'est venu loger contre moi; j'avais bon nez sans doute, et son voisinage déjà m'avait donné quelque soupçon.

LUBIN: Testigué! c'est le plus honnête homme que vous ayez jamais vu. Il m'a donné trois pièces d'or pour aller dire seulement à la femme qu'il est amoureux d'elle, et qu'il souhaite fort l'honneur de pouvoir lui parler. Voyez s'il y a là une grande fatigue pour me payer si bien, et ce qu'est au prix de cela une journée de travail où je ne gagne que dix sols.

GEORGE DANDIN: Hé bien! avez-vous fait votre message?

LUBIN: Oui, j'ai trouvé là-dedans une certaine Claudine, qui tout du premier coup a compris ce que je voulais, et qui m'a fait parler à sa maîtresse.

GEORGE DANDIN, à part: Ah! coquine de servante!

LUBIN: Morguéne! cette Claudine-là est tout à fait jolie, elle a gagné mon amitié, et il ne tiendra qu'à elle que nous ne soyons mariés ensemble.

GEORGE DANDIN: Mais quelle réponse a fait la maîtresse à ce Monsieur le courtisan?

LUBIN: Elle m'a dit de lui dire. Attendez, je ne sais si je me souviendrai bien de tout cela. Qu'elle lui est tout à fait obligée de l'affection qu'il a pour elle, et qu'à cause de son mari, qui est fantasque, il garde d'en rien faire paraître, et qu'il faudra songer à chercher quelque invention pour se pouvoir entretenir tous deux.

GEORGE DANDIN, à part: Ah! pendarde de femme!

LUBIN: Testiguiéne! cela sera drôle; car le mari ne se doutera point de la manigance, voilà ce qui est de bon; et il aura un pied de nez avec sa jalousie: est-ce pas?

GEORGE DANDIN: Cela est vrai.

LUBIN: Adieu. Bouche cousue au moins. Gardez bien le secret, afin que le mari ne le sache pas.

GEORGE DANDIN: Oui, oui.

LUBIN: Pour moi, je vais faire semblant de rien: je suis un fin matois, et l'on ne dirait pas que j'y touche.


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